Lilian White

Billets d'humeur… parfois noire

Le Jeu de Chaises Ikea

Ikea rappelle la ceinture d’une chaise haute. Son souci serait la sécurité de nos chères têtes blondes (brunes, rousses, bleues, vertes… Ikea ne fait de distinction, il faut vendre à tout le monde).

Ça serait une noble tâche si les chaises étaient fabriquées et commercialisées récemment. Mais voilà que Ikea précise dans sa note publiée sur la presse écrite que son rappel ne concerne que les ceintures des chaises hautes Antilopes fabriquées entre juillet 2006 et novembre 2009.

Moi, qui aie eu le bonheur, la joie (et le martyre) d’avoir des enfants, je sais qu’une chaise haute, c’est un objet destiné aux enfants d’un âge très précis. C’est cette phase merveilleuse où le bébé nous laisse dormir (presque toutes les nuits), dit ses premiers mots – « Ne dis surtout pas papa, t’as intérêt à dire maman ! » – et s’installe en véritable roi de la maison sur sa chaise haute. Du haut de laquelle, il jette son assiette, son gobelet, et les couverts par pure plaisir sadique de voir ses parents ramasser le tout par terre.

Or, si vous aviez un enfant entre six mois et deux ans et demi / trois ans entre 2006 et 2009, ça fait un bail qu’il n’a plus besoin de sa chaise haute. S’il fallait qu’il tombe à cause d’une ceinture défectueuse, ça serait déjà fait. Et puis, vous avez déjà essayé d’échanger une marchandise chez Ikea? C’est tout à fait faisable, on est bien accueilli, mais la file…

Autre cas de figure, vous avez eu un bambin pendant ces trois années fatidiques, et vous avez gardé la chaise haute pour la longue lignée que vous avez l’intention d’avoir. La famille nombreuse, bonheur multiplié, comme chez nos aïeuls. Sauf que nos ancêtres ne connaissaient pas l’échelle de Renard. Selon celle-ci, un enfant de 0 à 18 ans coûte 150.000€. La pilule, c’est moins cher.

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Kadhafi n’est pas mort

Kadhafi n’est pas mort. Je tiens ça d’un cousin qui a un copain super branché Internet. Il m’a dit que c’est un coup monté de la CIA. En fait, l’agence a passé un accord avec le dictateur libyen en échange d’informations sur El Qaeda.

De toute façon, si Kadhafi était mort, ce n’est pas l’AFP qui nous l’aurait appris, c’est Wikileaks. Ça coule de source. Évidemment, tout le monde n’est pas d’accord sur la théorie du complot. La copine de mon cousin pense que dictateur libyen, c’était un déguisement. Syrte ne serait pas son bastion, mais un leurre. Kadhafi viendrait de Bételgeuse. C’est juste à quelques 500 années-lumière. Je trouve que ça tient la route. Il était vraiment bizarre ce type.

Mais, parlons des choses sérieuses. Steve Spielberg à Bruxelles le samedi! Waw, première mondiale de Tintin à la capitale! J’ai hâte d’y aller. Pour arriver à l’entrée de la ville, il me faut quinze minutes en voiture, plus une heure et demie de trafic pour atteindre le centre. Non, pas de voiture. De toute façon, il n’y a pas de place pour se garer. Alors j’y vais en train. Voir Spielberg, c’est formidable. Je dois, voyons, prévoir l’horaire du train, plus le métro, changer de ligne… allez, en deux heures c’est faisable. On va dire deux heures et demie pour donner une marge. Encore heureux que ça ne soit pas un dimanche sans voiture. Tout bien réfléchi, je vais peut-être regarder ça à la télé. Je verrai les interviews avec Spielberg. J’espère qu’on lui a dit de ne pas mentionner les noms interdits: Tintin et Hergé. Sinon, il risque de subir les foudres de la société Moulin-Vous-Savez-Qui (je n’ose pas les citer, j’ai peur d’un procès).

Finalement, je me demande si Hergé est mort lui aussi. Difficile à dire, il n’y avait pas de toile à l’époque. En tout cas, Kadhafi, c’est certain, il est toujours vivant. Il a trouvé refuge aux USA. Il bénéficie d’un programme de protection, c’est clair. Il est avec Oussama Ben Laden, Elvis et Michael Jackson. Peut-être que Mickey y est aussi.

Quand la pomme a des dents

Steve Jobs est décédé. Condoléances à la famille. Fin de l’histoire.

Eh ben, non. Ce n’est pas comme ça que le public réagit partout dans le monde.  La blogosphère s’excite, Twitter explose. Interviewés dans la rue, certains disent combien il était un type chouette, sacré Steve. Sauf qu’ils ne l’ont jamais rencontré personnellement! Comment peut-on dire que quelqu’un est f-o-r-m-i-d-a-b-l-e sans jamais lui avoir dit bonjour? Ah, les mystères de la psychologie sociale… Mon prof, Carneiro Leão, essayait de nous montrer combien de merveilles on peut accomplir en canalisant la libido de la foule. Ça m’a toujours échappé comment on peut être intelligent individuellement et … en groupe.

Steve Jobs était un capitaine de l’industrie, figure obsolète dans le monde actuel de l’industrie et des finances. On lui colle les étiquettes « visionnaire », « charismatique ». Et pourtant, c’est « obsolète » qu’on aurait dû choisir. Les Macintosh de Jobs changent de système opérationnel tous les ans (parfois en six mois), les nouveaux modèles d’iPod, iPhone, iPad, iTout sont modifiés de quelques millimètres par rapport aux versions précédentes. Les accessoires des anciens modèles ne s’encastrent pas dans les nouveaux. Et nous revoilà à tout racheter de nouveaux. Et tout le monde trouve ça fantastique. Jobs a poussé obsolescence programmée à son paroxysme. Et le public applaudit.

Jobs quitte la scène et fait sa révérence pour se rendre là d’où on ne revient au grand jamais. Il peut bien reposer la tête sur le coussin du cercueil. Son bébé Apple est à l’apogée, et son image personnelle atteint des sommets inaccessibles à Bill Gates. Et tout l’argent qu’il a fait rentrer dans les caisses d’Apple… il ne l’emporte pas. On part comme on vient. La seule différence, c’est qu’on vient au monde nu comme un ver, et on repart en costume cravate.

Adieu, Steve Jobs. Reposez en paix.

Mon argent bat de l’aile

Aujourd’hui, je ne suis pas d’humeur à faire un billet d’humour. Non, ce n’est pas la TPM, non, je n’ai pas mes règles, pas de redressement fiscal, ni d’amende à payer. C’est plus triste que cela, plus grave encore. Ça se résume en cinq mots que je n’ose prononcer. Oh, je me sens trop bête, c’est dur de l’avouer:

JE SUIS CLIENTE CHEZ DEXIA.

Voilà, c’est dit. En principe, je ne devrais rien craindre, puisque je ne suis qu’une épargnante exécrable, il n’y a presque rien sur mon compte. N’empêche, toutes mes (très) maigres économies y sont. Mon solde débiteur est aussi loin de 100.000 euros que la Terre de la Constellation d’Orion, ou un tantinet plus loin. Et moi, tous les jours aussi souriante qu’un politicien en campagne électorale, les dents blanches Colgate, je me vois à présent devant la glace une mine grise voiture de société.

Dehaene a dit à la radio ce matin que le problème qui a causé la descente aux enfers de Dexia vient de loin. Alors ça veut dire que l’administration actuelle n’y est pour rien, n’est-ce pas? Dans ce cas, euh, pourquoi elle n’as pas résolu le problème? Je ne sais pas, l’économie, pardon, la politique, pardon, l’économie (mais enfin quelle est la différence?) me dépasse toujours.

Ah, mais j’ai trouvé une solution. J’ai acheté un bloc-notes en forme de billets de 100 euros. Ça y est, j’ai plein de (faux) billets dans mon sac. Je ne pourrai rien acheter avec, cependant je me sentirai un peu plus riche!

Et bonne journée quand même!

Pierre Kroll dessine la difficulté du roi Albert II à rédiger son discours du 21 juillet. Le Soir lance un défi: concevoir le discours du roi. Ma suggestion, c’est de carrément lancer un concours à l’échelle nationale. Message du roi à être publié encore aujourd’hui:

« Chers concitoyens,

Nous vivons des moments troubles. J’ai passé trois nuits blanches en imaginant mon discours pour la fête nationale. J’ai eu de l’aide de toute une équipe, mais le résultat ne me satisfaisait pas. J’ai même fait appel à des extérieurs au palais, notamment au caricaturiste Pierre Kroll, qui me dessine toujours si bien.

Je lance ici un appel à la nation en format de concours. Ecrivez mon discours selon mes consignes. Le gagnant aura une place privilégiée pour assister au défilé sous la drache nationale. Celui qui écrit le pire discours aura comme punition une place derrière Fabiola.

Les consignes sont les suivantes:

1) Mettre l’accent sur l’importance de l’unité nationale, mais pas trop pour ne pas irriter les flamingants, qui, tout compte fait, sont aussi des citoyens belges;

2) Plaire aux bruxellois;

3) Plaire aux flamands;

4) Plaire aux wallons;

5) Plaire aux germanophones;

6) Garder un ton monarchiste, néanmoins assez fédérateur pour rassembler ceux qui ont des aspirations républicaines;

7) Commenter le manque de gouverment;

8) Etre assez généraliste pour que je puisse juste changer quelques mots et le réutiliser pour le discours de Noël au cas où nous n’avons toujours pas de gouvernement;

9) Ne pas commenter la météo, c’est déprimant;

10) Ne pas employer des mots terminant par « eur », je les ai épuisés tous. »

La crise politique belge – Solutions

L’été passé, un di Rupo au visage cireux rendait sa note et, peu après, sa démission au roi. Il avait l’air lessivé. Cet été, c’est à nouveau un di Rupo à la face huileuse qui rend sa note, et, tiens, sa démission au roi. Au début de la semaine, Elio di Rupo fait savoir sa note à la presse. Un an de négociations a suffi à assouplir le nœud papillon et démolir son sourire d’oreille à oreille, ses deux copyright.

Le roi s’arrache les cheveux en dessous de la couronne, enfin ceux qui restent. Entre informateur, préformateur, médiateur, clarificateur, négociateur, explorateur, démineur, formateur, balayeur, cogneur, et agriculteur, Albert II a mené la valse avec Bart de Wever, Elio di Rupo, André Flahaut, Danny Pieters, Didier Reynders, Johan Vande Lanotte, Wouter Beke, Elio di Rupo, mais j’ai déjà dit ça, non? Et pourquoi il n’a pas fait appel à moi? La crise aurait déjà  été résolue depuis des lustres. Voici quelques suggestions:

  1. On note les demandes de chaque parti sur un petit bout de papier. Ah, oui, les notes avec une centaine de pages imprimées pour les présidents des partis à tables, plus le roi, plus les photocopies aux éminences grises des partis, sans compter les dossiers pour la presse, ce n’est pas très écolo tout ça! Combien d’arbres ont-ils déjà été abattus pour la crise belge? Alors, c’est un petit bout de papier pour chacun, et encore! On plie soigneusement les notes, on les met dans la boule du Lotto (sinon un aquarium vide fait l’affaire aussi), on tourne, puis une main innocente prend une note, et voilà!
  2. Solution BBB, Big Brother Belge: on enferme les chefs des partis à table dans un logement social d’une mère célibataire à trois enfants. On héberge la famille dans un hôtel, bien évidemment, et nos hommes et femmes politiques restent dans l’appartement. Ils sont filmés 24h sur 24. Les politiciens doivent garder le sourire et la fraîcheur tout au long de l’émission. Le premier qui ne sourit plus perd des points. Tous les vendredis, on vote pour celui ou celle qui sera éliminé(e). On vote par SMS, et les bénéfices iront vers les caisses de l’État, qui en ont bien besoin.
  3. On attache les présidents des partis à table au pilori à la Place Royale pendant trois jours. Celui ou celle qui recevra le moins de tomates ou d’œufs sera le prochain premier ministre.
  4. On emmène les présidents des partis à Fort Boyard. Celui ou celle qui aura nagé, couru, plongé, caressé des rats, tâtonné des mygales, embrassé des cafards et avalé des mouches pendant toute la journée sans perdre le sourire sera le premier ministre.

Et voilà, finalement c’est assez facile. Le roi n’a qu’à faire appel à moi. En plus, je coûte moins cher que Dehaene.

Profil professionnel – mode d’emploi

Chercher un boulot, pardon, un emploi, en Belgique c’est plus que de la science. Ça relève de l’art. Le secret, c’est d’avoir le bon profil.

Mais qu’est-ce que le bon profil?

Femme: Si on est une jeune femme, les recruteurs ne nous prennent pas parce qu’on aura des enfants et il faudrait payer les congés maternités. Si on a de gosses, c’est parce qu’on a des enfants. Si on a des petits enfants, c’est parce qu’ils tombent souvent malades, et on sera absent. Si nos enfants sont grands, c’est parce qu’on a dépassé la quarantaine.

Expérience professionnelle: Si on démarre dans la vie, c’est parce qu’on manque d’expérience. Si on en a, ils pensent qu’on ne pense qu’à la retraite (ou la pré). Puis, si on a de l’expérience, on coûte cher.

Argent: Si on est riche, on n’a pas besoin du job, on est considéré comme non engagé vis-à-vis du travail. Si on est pauvre, c’est parce qu’on en a trop besoin.

Nationalité: Si on est étranger, c’est parce qu’on est étranger, on est différent, en plus on peut vouloir se casser du jour au lendemain. Si on est belge, c’est parce qu’on est wallon, et/ou flamant, et/ou bruxellois, et/ou germanophone, et/ou francophone, et/ou néerlandophone.

Qualification: Si on a des diplômes, c’est parce qu’on est trop qualifié, on va se barrer à la première occasion. Si on n’en n’a pas, c’est parce qu’on est pas assez qualifié (et donc trop bête pour faire le boulot).

Bref, le profil idéal est: homme qui vient de quitter ses études tout en ayant minimum sept (voir dix) ans d’expérience dans exactement la même fonction et en ayant été responsable d’une équipe nombreuse, classe moyenne, Blanc Bleu Belge mais qui aime partir à l’étranger pendant les vacances pour avoir des sujets de conversation à la pause café, ni wallon, ni flamant, ni bruxellois, langue maternelle français-néerlandais-anglais minimum, qualifié mais surtout pas plus que le patron.

Vous avez compris, non? Une cuillère à café de connaissances informatiques pour envoyer les CV, 2 doses de patience pour refaire les CV en permanence, 3l de rigueur pour ne pas se perdre dans le courrier envoyé, 4g d’imagination pour ne pas répéter les lettres de motivation, et 5 louches de pistonnage, pardon, networking.

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